L’Anapath du CHRU de Tours multiplie les recyclages

Des lames de microtomes aux couvercles métalliques sur cassettes, la tendance est au ré-usage et au recyclage dans le service d’anatomie et cytologie pathologiques du CHRU de Tours. Y compris pour le formol.

© CHRU Tours

Contrairement à Obélix, le service d’anatomie et cytologie pathologiques (ACP) du CHRU de Tours est tombé dans le formol dès les bancs de la faculté, mais il a su s’en sortir. Ou presque. Engagé dans la Transition Ecologique en ACP (TEAP, du nom d’un collectif né en 2022, lire notre article du 22 juin 2023), il a, depuis quelques mois, multiplié les initiatives de recyclage.

Cecilia Rousselot

Son plus gros chantier concerne le formol, produit à la fois très spécifique à l’anapath, polluant notoire, mais aussi potion sans alternative aujourd’hui (peut-être du fait de son efficacité couplée à son prix raisonnable). « Notre but était de limiter l’usage d’un produit à la fois toxique et issu du pétrole », explique Cécilia Rousselot-Denis, praticien hospitalier au service ACP du CHU Hôpital Bretonneau du CHRU de Tours, très impliquée dans les démarches d’écoresponsabilité.

Recours à des filtres à café

Mené dans le sillage d’un protocole mis au point au CHU de Bordeaux (lire notre article du 13 septembre 2022) un processus a été mis au point pour réutiliser une partie de ce liquide. Ainsi depuis l’automne 2023, les techniciennes de laboratoire sélectionnent les flacons selon deux critères.

© CHRU Tours

« Il faut un formol optiquement incolore et non trouble, et une récupération complète de tout fragment biopsique », détaille Cécilia Rousselot-Denis. La manipulation se fait sur une paillasse sous une hotte pour limiter les inhalations par l’équipe. S’en suit une étape de filtration dans de simples filtres à café. « Nous avons testé des filtres plus techniques mais le tissu s’imbibait et ça ne fonctionnait pas bien », se souvient Cécilia Rousselot-Denis. Dès qu’ils sont vides, les flacons partent comme déchets d’activités de soins non dangereux (DASND) à la poubelle des ordures ménagères.

« Comme il reste des gouttes de formol dans les flacons il n’est actuellement pas possible de recycler ce plastique », précise la médecin. Une fois le formol filtré, sa concentration et son PH sont testés avec des bandelettes. Si ces indicateurs sont validés, le liquide peut être réutilisé. Une seule fois. Et pour la fixation des placentas, des explants… « En effet, ces prélèvements nécessitent beaucoup de formol pour leur fixation et rarement de techniques complémentaires (immunohistochimie, biologie moléculaire) », explique Cécilia Rousselot-Denis.

80 litres par an

Résultat, l’équivalent de quelque 80 litres annuels bénéficient d’une seconde vie. C’est peu sur les 8500 litres achetés en 2023 par les deux sites concernés (Bretonneau et Trousseau), mais c’est autant de produit qui n’est pas acheminé, stocké, puis incinéré à Fontenay-le-Comte en Vendée… Dans une logique similaire, si les flacons vides de Bretonneau finissaient déjà en DASND, ceux de Trousseau prennent désormais le même chemin.

Enfin, pour la traçabilité, l’interne précise sur le bon de demande, que le prélèvement a été fixé en formol recyclé. Les secrétaires consignent également l’information dans le logiciel métier. Puis, cette précision figure dans le compte-rendu : elle est donc portée à la connaissance du clinicien. Concernant les achats, seuls les filtres à café (1 par jour) et les bandelettes de concentration ont dû être ajoutés à la liste de courses du service. Le reste était déjà utilisé par ailleurs.

D’autres ré-usages

lames de microtomes © CHRU Tours

Ici depuis longtemps, les couvercles métalliques sur cassettes sont lavés dans le service pour être ré-utilisés, et non pas, comme souvent ailleurs, jetés après 24 h de service. Quant aux lames de microtomes, elles sont réutilisées lors de l’étape de macroscopie, jusqu’à usure avant d’être jetées. De même, on réemploie en macroscopie les pots dans lesquels sont fixés les prélèvements dans le formol. Du côté administratif, plus simplement, on se sert du recto comme du verso des feuilles de papier.

Le service d’ACP entend aller plus loin. Par exemple en étendant la filtration du formol à d’autres flacons. « On pourrait facilement doubler la quantité de formol recyclé », estime Cécilia Rousselot-Denis. « Mais il faudrait que les médecins s’investissent également dans le recyclage du formol lors de l’étape de macroscopie, ce qui nécessite de changer des habitudes et, au début, perdre un peu de temps », ajoute celle qui projette aussi de faire passer le service aux gants réutilisables.

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