Paris-Saclay : un hôpital pensé pour y travailler

Grand prix du trophée 2024 « Qualité de vie et des conditions de travail et architecture en santé » récompensé par la MNH avec l’UAFS, le nouvel hôpital Paris-Saclay (GH Nord Essonne), qui a ouvert ses portes début juin, démontre que l’architecture n’est pas seulement l’art de construire des bâtiments mais aussi bien celui d’y exercer.

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Espaces de travail inadaptés, manque d’ergonomie, défaut de sécurisation des locaux, dépendance à des ascenseurs essoufflés… Dire que les centres hospitaliers de Juvisy-sur-Orge, Longjumeau et Orsay, tous construits au début des années soixante-dix, ne satisfaisaient plus totalement la communauté médicale et soignante cinquante ans plus tard serait un euphémisme.

Pour répondre aux doléances formulées par les salariés, il fallait donc un nouvel hôpital susceptible de les séduire, voire de les retenir malgré une implantation nouvelle, sur le plateau de Saclay, imposant de fortes augmentations des temps de trajet. Fusion des trois sites historiques, l’hôpital Nord-Essonne Paris Saclay, décidé en 2018, se devait donc d’être « magnétique », selon son directeur Cédric Lussiez, soit résolument conçu autour d’un bien-être des agents qui s’avère la condition première d’une excellence des soins.

Un bâtiment horizontal et compact

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D’une surface de 49 000 m2 répartis sur deux niveaux, le nouveau bâtiment qui compte plus de 480 lits et places (chirurgie, médecine, médecine intensive, maternité) pour une zone de 550 0000 habitants mise donc d’abord sur son ouverture…

« Ouverture sur la ville en venant le construire à l’alignement en limite de l’espace public, ouverture sur la vie en s’inspirant des codes hôteliers dans la disposition de ses façades et hall d’accès, et ouverture sur la lumière naturelle (patios, passerelles vitrées…) jusqu’à baigner le bloc et la salle de réveil », décrit le dirigeant hospitalier. Mais de construction « horizontale », le projet joue surtout la carte de la compacité (deux bâtiments en un) pour proposer aux agents des circuits de circulation plus fluides.

Des circulations plus fluides

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Ainsi, l’organisation entre les unités de soins tout comme le dimensionnement des plateaux ont été pensés pour rapprocher les interfaces professionnelles dans le cadre du parcours patient, voire pour décloisonner les équipes. Par exemple, le plateau standard d’hospitalisation dispose de deux postes de soins, rassemblés au centre et par conséquent fusionnables la nuit : « Cela permet de gérer des équipes internes tout en permettant au personnel de nuit de travailler ensemble », souligne Cédric Lussiez.

Des liaisons spécifiques ont également été introduites, par exemple entre la salle de surveillance post-interventionnelle et la petite chirurgie pour réduire encore les temps de parcours. Enfin, l’arsenal installé dans un seul et même endroit évite la multiplication des réserves.

Minorer la pénibilité

Sur le plan matériel, un plan d’équipement de 23 millions d’euros a par ailleurs permis de déployer de nombreuses aides à la manutention réductrices de pénibilité : rails lève-malades motorisés dans toutes les chambres de soins critiques et 15 % des chambres d’hospitalisation classique, transport logistique robotisé en gestion des connexions verticales, transport pneumatique pour tous les flux liés aux prélèvements sanguins et dépannage pharmacie.

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Pour mieux concilier vie personnelle et professionnelle, divers espaces ont également été aménagés, depuis des salles de détente au sein même des unités jusqu’à la crèche, d’une cinquantaine de berceaux, en passant par le parking dédié et sa plateforme de covoiturage… Sans oublier les espaces extérieurs, savamment arborés, comme intérieurs, enrichis par de sculptures et fresques artistiques, tous contribuant à dessiner aussi un environnement apaisant pour chacun, patient, visiteur et, bien sûr, personnel.

Un processus de conception inclusif

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Afin de garantir un résultat conforme aux besoins réels, les attentes des salariés ont donc fait l’objet d’une écoute attentive dès la programmation (maquettes en 2D et 3D des organisations d’unités et implantation de locaux), consultation poursuivie par des visites régulières tout au long du chantier.

Ainsi les architectes-concepteurs du cabinet SCAU ont-ils, en cours de travaux, substitué aux open space initialement prévus des bureaux partagés plus classiques à la demande des médecins… « Une démarche d’amélioration continue pas toujours aisée dans le cadre d’un marché global de performance et d’un calendrier serré », reconnaît toutefois Cédric Lussiez.

Estimée à 247,6 M€, dont près de 50 % ont néanmoins été investis sur un équipement biomédical de pointe, la construction du nouvel hôpital de Paris-Saclay – a en effet été confiée à un groupement de conception-réalisation-exploitation et maintenance sous la conduite de la société Eiffage Construction grands projets. Et il n’aura fallu que trois ans de travaux pour que le site accueille son premier patient le 4 juin 2024. Avec, pour preuve de son pari réussi, des effectifs quasi complets dès l’ouverture.

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