2e baromètre LEEM : pilule amère pour la souveraineté sanitaire

Si on ne sait encore qui discutera du prochain PLFSS, on sait déjà de quoi. À l’appui de son désormais annuel Baromètre de l’attractivité de la France pour les entreprises du médicament, l’organisation professionnelle de celles-ci, le Leem livre en effet ses conditions d’une nouvelle souveraineté sanitaire et industrielle au service des patients.

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Annoncé en janvier 2023 par Thierry Hulot alors nouvellement élu à la présidence du Leem, le Baromètre de l’attractivité de la France réalisé par Roland Berger pour les entreprises du médicament a dévoilé les résultats de sa deuxième édition le 18 juin, une semaine tout juste après la réélection dudit dirigeant pour deux ans…

Des résultats qui tombent à point nommé pour nourrir la mission qu’il se donnait justement, le 11 juin dernier, au sortir du conseil d’administration ayant réarbitré en sa faveur, à savoir « être force de proposition pour permettre la soutenabilité économique. » Car une fois de plus, le compte n’y est pas – et donc leurs comptes non plus – selon l’organisation professionnelle des industriels du secteur.

37 % des nouveaux médicaments toujours indisponibles

Thierry Hulot

Il y a d’abord les chiffres vus du côté des patients… Alors qu’ils dépassaient déjà largement ceux de nos voisins allemands, anglais ou espagnols l’an passé, les délais d’accès moyens aux médicaments se sont encore allongés, 527 jours en moyenne en 2023 contre 508 en 2022, soit 400 jours après l’Allemagne !

Pire, ce sont désormais près de 4 nouveaux médicaments sur 10 autorisés en Europe entre 2019 et 2022 qui n’étaient toujours pas disponibles en France en décembre 2023, tandis que, trop restreinte aux maladies les plus sévères, la procédure dite « d’accès précoce » (médicaments innovants) n’aurait en réalité bénéficié qu’à 100 000 patients depuis sa mise en place en 2021.

Une perte de chance potentielle pour les patients que ne contrebalance pas, hélas, la position tricolore en matière d’essais cliniques puisque la France stagne au 3ème rang des puissances européennes en la matière, ce qui retarde aussi, de fait, l’accès aux dernières innovations.

Un contexte économique et réglementaire décourageant

Étudié à la loupe des intérêts industriels, le Baromètre, qui se fonde sur plus de 60 sources de données de référence et un questionnaire aux adhérents, tranche de manière tout aussi sévère. Ainsi, avec moins d’un nouveau médicament sur 10 produit en France en 2022 (contre 1 sur 4 en Allemagne), la France accuse un problème de souveraineté sanitaire.

Et à l’évidence, ne contribue pas suffisamment à la souveraineté européenne sur ce champ, regrette l’organisation professionnelle qui pointe les coupables : une industrie prise entre le marteau d’une industrie surtaxée avec un taux global d’imposition à 60 % de ses résultats (dont 88 % de prélèvements spécifiques) et l’enclume de prix en moyenne 10 % inférieurs à ceux de nos voisins européens. La fiscalité serait par exemple deux fois moins élevée en Allemagne…

Et c’est sans compter un cadre réglementaire dont l’instabilité peut aussi décourager l’investissement, le baromètre pointant pour exemple les 7 modifications des modalités d’accès précoce et 8 modifications de la clause de sauvegarde vécues par le secteur en 8 ans. À l’arrivée, le constat a de quoi impressionner : une balance commerciale divisée par 10 entre 2014-2022 (3,7 milliards d’euros en moyenne) et 2023 (383 millions d’euros), plombée par des importations qui ont progressé deux fois plus que les exportations sur dix ans.

« Il y a urgence à agir ! »

« Ce baromètre montre donc le chemin qui reste à parcourir […] et l’urgence à agir » déclare par conséquent Thierry Hulot dont l’engagement emprunte pour cela deux voies  majeures : « enclencher d’urgence la réforme du financement et de la régulation du médicament », notamment par une décroissance de la clause de sauvegarde pour atteindre moins de 500 millions d’euros en 2027, et « mettre en œuvre un choix de simplification pour le secteur » afin d’accélérer les procédures, en accès direct comme précoce, quitte à supprimer les étapes superflues. Autant de recommandations qui sauront alimenter la préparation du PLFSS 2025 le moment venu.

Pour plus d’information, lire l’étude complète

 

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