Le CHU de Rennes construit en bois

En choisissant le bois pour son nouveau bâtiment de direction, près de 6200 mètres carrés sur six étages,  le CHU de Rennes a fait des économies. Tout en donnant une qualité environnementale et beaucoup de confort au nouvel édifice.

© Bruno ASTORG Views-Factory

« C’est une reconstruction écologique dont l’un des aspects majeurs a été le respect de délais très courts et de conditions de coûts serrées ». Ce 10 juin dernier, en inaugurant le bâtiment de la direction et de la santé publique, premier des trois du CHU de Rennes qui vont rouvrir cette année (la plateforme logistique en juin, le centre chirurgical et interventionnel en septembre) Véronique Anatole, directrice générale, ne cesse de dire tous les avantages de la construction en bois.

Construction industrialisée

Ce bâtiment de 6200 m2 de plancher sur six étages pour 18 millions d’euros lui paraît économique. La structure rationnelle du bâtiment composée d’un système simple de poteaux-poutres présente l’avantage d’employer peu de matière.

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Les délais de construction, courts, contribuent à l’économie : deux ans seulement entre le lancement du concours d’architectes et la livraison ; 13 mois de travaux. La mécanique de la construction en bois permet d’aller vite.  Le constructeur, en l’occurrence une filiale du groupe Eiffage, a industrialisé la préfabrication des composants en usine.

En particulier les 4000 m2 de façades. « Nous gagnons un temps considérable et une qualité d’exécution ensuite dans l’assemblage et dans les travaux d’étanchéité par rapport à une construction en béton », explique Pascal Vache, directeur d’Eiffage Construction Bretagne. Là, le béton n’a servi que pour les circulations verticales (ascenseurs, escaliers) en raison des contraintes sismiques.

Normes de 2028

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Deuxième atout de la construction en bois : la qualité de vie et le confort qu’ils apportent. « Des poteaux en bois, des poutres en bois, des planchers en bois, de l’isolation en bois », résume Jean-Pierre Rambourdin, architecte du bâtiment, du cabinet CRR. L’ambiance intérieure s’adoucit en les laissant apparents.

Le premier confort thermique est apporté par l’enveloppe de bois, déjà un bon isolant, notamment l’été. Ensuite, les murs sont garnis de laine de bois et de « trimatériaux » (lin-jute-coton recyclé) biosourcés, de quoi réduire l’empreinte carbone. Le bâtiment dans sa totalité atteint le ratio de 100 kg de matériaux biosourcés par m2 de plancher, ce qui le place au-delà des 36 kg du niveau 3 du label biosourcé.

Toutes ces matières naturelles – la peinture est à base d’algues – concourent à la qualité de l’air intérieur. Le confort acoustique, lui, provient notamment des inserts en carton logés dans l’épaisseur des planchers.

Le bâtiment est donc candidat à une certification bâtiment bas carbone niveau excellence. Il a déjà reçu le prix FHF de la transition écologique à Santexpo. L’analyse de son cycle de vie le place au niveau de la réglementation environnementale 2028 pour le carbone : 528,66 kg eq CO2 /m² (38 % de moins que le seuil de la RE2020).

Eau de pluie pour les sanitaires

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« Au-delà de la matière, on est allé très loin pour le confort des usagers avec des solutions techniques très élaborées », ajoute Jean-Pierre Rambourdin. Parmi elles, il y a la ventilation double-flux permettant le « free cooling » (récupération et stockage l’été de l’air frais du matin à l’extérieur et sa redistribution en journée à l’intérieur).

Les qualités écologiques du bâtiment s’affirment aussi côté énergie. Les panneaux photovoltaïques, sur le toit, apportent l’équivalent de la consommation de la pompe à chaleur air-eau. Le surplus de production d’électricité repart dans la boucle électrique de l’hôpital. Le bâtiment sera connecté au réseau de chaleur en construction à ses abords.

Dans les sous-couches du stationnement

Cette construction en bois ne sera pas reprise en dehors des bâtiments de bureau pour la reconstruction du CHU. Le poids des équipements de blocs opératoires ou dans les services d’imagerie l’interdirait. Mais d’autres attributs de ce premier bâtiment qui marque l’entrée du CHU par un côté écologique revendiqué aussi par la ville de Rennes pourront être repris.

L’eau de pluie est récupérée en toiture pour être utilisée dans les sanitaires. À l’extérieur, des espaces paysagers sont aménagés avec le souci, parmi d’autres, du développement de la biodiversité.

En termes d’économie circulaire, le bâtiment qui préexistait a été déconstruit. Le maximum de ses constituants a été confié à une plateforme locale de réemploi des matériaux. Il a ensuite été abattu. Ses gravats ont été concassés pour servir, sur place, aux sous-couches des espaces de stationnement alentour. Le recyclage précède la frugalité d’emploi des matériaux de départ pour reconstruire.

 

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