Empreinte carbone : le CHUGA fait bonnes mesures

Fort d’un Bilan carbone® réalisé depuis 2012, le CHU Grenoble Alpes a profité des Journées d’études et de formation des ingénieurs hospitaliers de Tours, fin mai, pour dévoiler les secrets d’une étude d’empreinte exécutée sans faux pas.

© CHUGA

Conscient très tôt des effets délétères des établissements de santé sur l’environnement et de son devoir d’exemplarité sur le sujet, le CHU Grenoble Alpes (CHUGA – 2100 lits et places sur 3 sites principaux) s’engage dès 2010 dans la transition.

Au programme, et devançant en cela l’obligation légale, identifier précisément ses émissions en réalisant son BEGES dès 2013 sur les 3 scopes : émissions directes (transport, combustion d’énergie fossile, fluides), émissions indirectes associées à l’énergie (achat d’électricité et de chaleur) et émissions indirectes associées au fonctionnement (logistique, déplacements de personnes, déchets, cycle de vie des produits…).

250 heures pour un bilan

« Un exercice complexe », selon l’ingénieur référent énergies au sein du CHU, Mathias Le Guyadec. Aussi la mise en œuvre de ce premier BEGES par la méthode Bilan Carbone® de l’Ademe sera-t-elle confiée à un prestataire (8500 € TTC en 2013). Toutefois, « l’internalisation de l’exercice étant le pendant nécessaire d’une démarche de long terme, il devient ensuite nécessaire, non seulement d’opérer une montée en compétences en interne, mais également d’accepter de libérer de la disponibilité », pose le professionnel.

Pour exemple, pilote et copilote ont consacré 250 heures de travail (formation incluse) à l’élaboration du bilan 2021 de l’établissement. Autre prérequis : « La reconnaissance de la démarche dans la stratégie globale de l’établissement et une démarche en mode projet porté par un chef de projet dédié », assure-t-il.

Des référents métiers indispensables

Ces points préliminaires acquis, l’étape cruciale reste évidemment celle de la collecte des données pour chaque flux (énergie, matières, personnes…). Au CHUGA, l’opération repose sur l’implication de référents métiers intervenant sur les secteurs logistique, achat, pharmacie, énergie, patrimoine, biomédical, informatique, soins et déchets.

« Les données sont souvent disséminées dans différents supports, il faut donc arrêter le périmètre utile pour chacune de ces activités puis cerner les facteurs pertinents au calcul, éventuellement par combinaison d’hypothèses s’ils n’existent pas encore », explique Mathias Le Guyadec.

150 000 t eq. CO2 d’émissions en 2021

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Ne visant ni les chiffres les plus bas possibles, ni même les plus justes – un résultat est réputé fiable dès lors que l’incertitude n’excède pas 20 % – le Bilan Carbone est une estimation des émissions de GES pour un périmètre et une durée donnés. Objectif : souligner les principaux postes d’émissions en vue de déployer une stratégie de décarbonation adaptée…

« Ainsi, en 2021, les émissions du CHUGA s’élèvent à quelque 150 000 tonnes équivalent CO2 dont les deux tiers sont imputables aux achats, 17 % aux déplacements des personnes et 8 % à l’énergie. Les émissions du scope 3 représentent à elles seules 90 % des émissions totales et 50 % relèvent des achats de médicaments et dispositifs médicaux », rapporte Mathias Le Guyadec.

10 sous-postes principaux

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Pour une approche plus fine, 10 principaux sous-postes sont mis en exergue, totalisant 87 % des émissions de l’hôpital (médicaments en tête, suivi des DM et des déplacements domicile/travail et visiteurs) tandis qu’une analyse détaillée permet de ventiler les résultats par source et par site (ex : part de l’achat de chaleur sur le site Nord), pointant notamment les interdépendances, par exemple entre les émissions et l’état du patrimoine ou les activités pratiquées (blanchisserie…).

« Car la partie la plus importante de la démarche s’avère bien sûr l’identification, la mise en œuvre et le suivi des actions de réduction des émissions de GES. Le bilan n’est que le point de départ », rappelle l’ingénieur.

Actions prioritaires et stratégies à long terme

Des postes les plus impactants découlent donc les actions prioritaires : réorganisation des commandes de la biologie (-500 t CO2/an), baisse de l’utilisation des gaz anesthésiques (-1000 t CO2/an) et arrêt du protoxyde d’azote mural (-1500 t CO2/an)…

« Mais il s’agit aussi d’initier de nouvelles orientations stratégiques, comme la construction d’ici 2030 d’une extension de 40 000 m2 à haute ambition environnementale, puis la rénovation du bâtiment historique pour 2035 », révèle Mathias Le Guyadec.

Comparaison n’est pas raison

Enfin, reste à mesurer l’efficacité de la démarche, à l’appui des bilans suivants. Or, là encore, l’exercice s’avère bien moins aisé qu’il n’y paraît car « entre la comptabilité GES qui s’affine (versions successives du Bilan Carbone®, nouveaux facteurs d’émission Ademe) et nos propres changements, de périmètres ou d’effectifs, l’évolution complique l’évaluation », soulève Mathias Le Guyadec.

Pour exemple, la baisse de 7 % des émissions enregistrée entre 2015 et 2021 s’explique plus par une importante correction sur les déplacements, surestimés en 2015, que par une action volontaire sur ce poste. De même, la hausse de l’empreinte médicaments est davantage l’effet de celle du facteur d’émissions appliqué à cet achat que le résultat d’une modification de pratique.

Heureusement, « l’étude santé du Shift Project 2023 est désormais là, ouvrant aussi des pistes de réflexions dès lors qu’un écart marqué s’affiche avec la moyenne du secteur… comme c’est le cas pour nos achats de médicaments dont la part se révèle de 5 points supérieure », expose Mathias Le Guyadec. De quoi impulser une plus forte intégration de critères environnementaux aux consultations.

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