CH François Quesnay : la micro-méthanisation, une économie de carbone et d’argent

Anticipant la réglementation, le CH François Quesnay de Mantes-la-Jolie a, depuis octobre 2023, choisi la voie de la méthanisation pour valoriser ses biodéchets. Mais pas n’importe laquelle : une micro-méthanisation modulaire qui joue dans l’ordre proximité, autonomie et économie. Un joli tiercé gagnant selon l’établissement.

© Epictura

Les biodéchets ne constituent pas une préoccupation nouvelle pour l’hôpital François Quesnay de Mantes-la-Jolie, où depuis mars 2021, le tri en est déjà fait au self, soit 9 tonnes compostées chaque année par un prestataire. « Mais à quelques mois de l’obligation légale, il était temps de se pencher aussi sur les 25 unités de soins », explique Chahrazede Atoui, assistante de direction en charge des biodéchets au service logistique et achats.

Alors, compostage ? Méthanisation ? Les voies de la valorisation peuvent être impénétrables quand, entre le tri obligé, matériels nécessaires, nombre de collectes et distances parcourues, « l’empreinte carbone économisée ici se retrouve majorée là… Et les coûts aussi ! », confie l’adjoint à la direction logistique et achat du site, Sébastien Caze. Révélée par le sourcing, la présence d’une structure de micro-méthanisation modulaire sur le territoire va changer la donne.

La méthanisation à petite échelle

« Quand les unités de méthanisation classiques traitent des centaines de milliers de tonnes de déchets sur des hectares, une unité de micro-méthanisation ne dépasse pas les 10 000 tonnes annuelles sur une emprise foncière limitée à 3000 mètres carrés. De plus, sa composition modulaire, faite de plusieurs digesteurs distincts, permet d’adapter les volumes traités aux variations de flux en fonction de la période », explique Vincent Luoni.

Ce dernier est responsable du développement commercial d’une entreprise spécialisée en la matière, Tryon Environnement, laquelle, après appel d’offres, transforme désormais les biodéchets alimentaires de tous les collèges des Yvelines en un même lieu regroupant la collecte, le traitement, la valorisation et même une station GNV.

Une belle opération circulaire

© Aurélie Bouquet – Tryon Environnement

En visite sur ledit site, baptisé Modul’O Yvelines, l’équipe hospitalière est conquise. Premier avantage, la proximité : « Généralement exportés vers d’autres territoires, ce qui constitue une aberration écologique, les biodéchets du territoire sont ici valorisés localement, dans un rayon de 25 km, ce qui dispense les camions de centaines de kilomètres d’allers-retours », détaille Chahrazede Atoui.

Mieux encore : à l’atout de la proximité, la solution ajoute celle de l’autonomie, le biogaz alimentant notamment les opérations logistiques de l’entreprise, toutes réalisées à terme en bio GNV, tandis que les matières organiques obtenues (digestat) profitent à la fertilisation naturelle des exploitations agricoles locales. « Nous sommes vraiment dans une opération de décarbonation et d’économie circulaire complète », s’enthousiasme donc la responsable des services généraux de l’établissement, Lailla Bois.

Pas de tri à la source

© CH Mantes-la-Jolie

À l’appui d’un marché d’expérimentation conventionné pour un an l’hôpital yvelinois confie donc aussi ses deux tonnes de biodéchets mensuels au prestataire innovant depuis octobre 2023. Et s’en félicite car la prestation n’est pas seulement économe en carbone, elle épargne aussi tout tri fastidieux au personnel : « acheminés par un système de manutention lourde automatisée (AGV) jusqu’au bac de collecte installé à l’air libre, tous les biodéchets alimentaires partent mélangés dans de mêmes contenants, fruits et légumes, emballages (barquettes de jambon cellophane…) et sous-produits animaux (viande, poisson, boulangerie/pâtisserie) », rapporte Chahrazede Atoui.

Seule contrainte « remplacer nos sacs opaques par des sacs transparents afin de faciliter l’extraction des indésirables réalisée à destination par un déconditionneur ». Ceux-ci sont alors dirigés vers l’incinérateur situé à 50 mètres tandis que les 95 % de matière organique restante sont valorisés via le processus de méthanisation.

Près de 15 000 euros d’économies annuelles

Deuxième raison de satisfaction, et non des moindres : aux économies carbone, l’opération adjoint les économies tout court. Ventilés en trois postes – la location des bacs (environ 6 €/mois pour un bac de 400 l équivalant à 160kg), le passage (23 € pour 1 à 3 bacs dans un rayon de 25 km) et la transformation elle-même (environ 100 €/tonne) – les coûts approchent en effet 200 euros la tonne…

« Soit 550 euros de moins que la tonne de DAOM dans lesquels les biodéchets partaient précédemment ce qui, rapportée aux 24 tonnes annuellement traitées, constitue une différence conséquente », souligne Lailla Bois… Laquelle espère bien, forte de ces diverses données, voir l’ensemble du GHT Yvelines-Nord passer rapidement à la micro-méthanisation pour bénéficier des mêmes macro-résultats.

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