Analyse du cycle de vie : le CHU de Rennes passe une salle de radiologie aux rayons X

Dépistage, diagnostic… Les examens radiologiques sont désormais indispensables à la prise en charge des patients. Pour autant, l’activité n’est pas sans impacter l’environnement, tant s’en faut. Alors que l’imagerie médicale représenterait 1 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, le CHU de Rennes a donc radiographié le cycle de vie d’une de ses salles à l’activité interventionnelle pour mieux en réduire les impacts.

© CHU Rennes

28 millions d’échographies équivalant à 19 460 tonnes de CO2e, 5 millions de scanners générant 10 500 tonnes de CO2e et 4,3 millions d’IRM approchant les 59 tonnes CO2e… Livrées par la radiologue Camille Bourillon, du Comité éco-responsabilité de la Société française de radiologie, en ouverture du webinaire sur le sujet proposé par la FHF jeudi 6 juin, ces données annuelles nationales ont de quoi questionner : en effet, si la radiologie a permis des avancées médicales significatives, elle emporte aussi des effets délétères sur l’environnement qui ne se limitent pas au seul fonctionnement des machines mais englobent aussi les biens consommés (hélium et gadolinium notamment), les locaux construits, les transports mobilisés ou encore les déchets produits.

Le 1er cas d’usage en radiologie

Dans ce cadre, la radiologie interventionnelle n’est pas en reste, une semaine d’activité entraînant l’émission de 23 500 kg CO2, soit l’équivalent de 9 990 litres d’essence selon une étude américaine. Des chiffres qui ont convaincu le CHU de Rennes de se lancer dans la réduction de l’empreinte carbone d’une salle de neuroradiologue interventionnelle à l’appui de son analyse de cycle de vie.

Menée avec l’équipementier Philips entre 2021 et 2023, l’étude va donc rapporter sur un an tous les impacts d’un système biplan dont la durée de vie est estimée à une dizaine d’années. Et, signe d’un engagement ambitieux, le projet sera le 1er cas d’usage en radiologie conduit selon la méthode PEF (Product Environmental Footprint) promue par la Commission européenne, laquelle prend en compte 16 indicateurs environnementaux (émissions de GES, santé humaine, pollution des écosystèmes, exploitation des ressources naturelles) et présente un score global.

Extraction et production en tête

© CHU Rennes

Un an sera nécessaire pour collecter, mesurer et éplucher les multiples données indispensables à l’analyse. Mais, début 2022, les résultats tombent, « concentrant les deux phases du cycle de vie les plus impactantes sur l’extraction des matières et la fabrication même du système, avec des impacts significatifs sur l’utilisation des ressources (71,6 %), la pollution de l’eau (11,5 %) et le changement climatique (5,80 %) », rapporte le docteur en radiologie Vanessa Brun, pilote du projet au sein du CHU avec Laure Sourdin, manipulateur en électroradiologie.

L’impact de la phase d’usage se révèle en revanche relativement faible, puisque le système ne représente que 0,007 % de l’empreinte carbone annuelle du CHU breton (6 tonnes CO2eq)… « Un résultat qui s’explique surtout par un mix énergétique français fortement décarboné mais se trouverait quadruplé aux États-Unis », tempère toutefois la praticienne.

L’empreinte carbone du « au cas où »

Dans ce contexte, où le CHU peut-il donc agir ? L’étude détaillée de la consommation énergétique du biplan va livrer la réponse dans un constat sans appel : « avec une différence de facteur 10 entre les modes « off » et « prêt à scanner », la majeure partie de l’énergie se voit en réalité consommée en dehors des interventions, lorsqu’on laisse l’équipement allumé au cas où », expose Vanessa Brun.

À condition de dépasser les réticences des équipes, une extinction automatique entre les procédures se traduirait ainsi par une économie de 20 % de CO2 par an sur cette phase. Un volant d’actions est donc proposé en ce sens : sensibilisation à l’extinction, mise en veille, co-développement d’un éco-mode avec Philips…

Une analyse à 360° de la salle

Sur la base des 781 examens réalisés en 2022, l’élargissement de la réflexion aux facteurs liés à l’activité de la salle va également ouvrir le champ des économies carbone potentielles. Sur les consommables d’abord, qui, avec 140 000 unités annuelles et 35 T de CO2eq/an, s’arrogent sans conteste le titre de poste le plus écophage, « les hypothèses formulées sur la composition des micro-cathéters contribuant grandement à ce résultat avec 60 % des impacts », précise la radiologue.

Afin de minorer cette empreinte, « les achats sont ici directement interpellés au travers de l’écoconception et de critères écoresponsables plus exigeants ; mais les pratiques peuvent aussi être travaillées : minimiser l’ouverture de produits stériles, optimiser les kits opératoires, recycler les aiguilles ainsi que les piles des poignées… », énumèrent Laure Sourdin et Vanessa Brun.

Du plan d’analyse au plan d’action

De même, la consommation énergétique (env 40 600 Wh/an soit 3,5 T de CO2eq/an estimés) conduit à son plan d’action (mode réduit de la CVC en l’absence d’activité, détecteur de présence pour l’éclairage…), tout comme les déchets (DAOM et cartons) dont la gestion équivaut à 2,5 T de CO2eq/an (amélioration du tri, recyclage du plastique dur…).

Enfin, fermant la marche avec seulement 0,7 T de CO2eq/an mais appelées à une croissance exponentielle, les images numériques (236 Go d’images créées, 472 Go d’images annuellement archivées pour 20 ans) invitent aussi à plus de sobriété et de pertinence à travers deux solutions principales : minimiser les données et optimiser l’archivage des données (compression et taille des fichiers…).

Autant de bonnes pratiques qui doivent maintenant être discutées et partagées pour pouvoir être adoptées… Et ce jusqu’aux plus hauts niveaux décisionnels, « où doit être repensée la valorisation des forfaits techniques dont le lien avec la durée de vie incite les structures à renouveler leur parc au détriment d’un environnement que l’on voit principalement impacté par la fabrication de nouveaux équipements », invite Vanessa Brun.

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