L’hôpital d’Evreux va se doter d’une centrale photovoltaïque

Le centre hospitalier d’Evreux s’apprête à produire de l’électricité via des ombrières et, pour son autoconsommation, une centrale photovoltaïque d’ampleur par l’intermédiaire d’une concession. Grâce à cette solution, l’économie annuelle devrait atteindre 400 000 euros.

Le plan des panneaux et des ombrières © Idex

Comme à Carcassonne (lire notre article du 28 juin 2021) ou à Chalon (lire notre article du 24 juin 2022), le personnel de l’hôpital d’Evreux a désormais la possibilité de garer sa voiture à l’abris du soleil et des intempéries. Et ce, grâce à l’installation d’ombrières photovoltaïques sur un parking de 220 places et de quelque 5000m². Ces panneaux constituent en fait la partie déjà visible d’un projet bien plus large visant la diminution de la facture énergétique du Centre Hospitalier Eure Seine via la création d’une centrale photovoltaïque de 10 000 m².

Un projet de long terme

Cet équipement est une nouvelle étape d’une stratégie globale démarrée bien avant la guerre en Ukraine qui a fait flamber les tarifs de l’électricité et du gaz. « Depuis 2014, notre directeur des ressources matérielles, Gilles Schmidt, donne aux services techniques comme objectif principal de réduire nos consommations énergétiques », se souvient Matthieu Bachelet, ingénieur travaux du CH Eure Seine, qui comprend différents sites dont le CH d’Evreux.

Une première phase de réglages et d’ajustement des besoins (comme le passage aux LED, la réduction des débits de ventilation, et le travail sur le ressenti en passant le chauffage à 21 degrés, en supprimant ce dernier dans les couloirs, en déplaçant près de la porte des chambres les bouches de ventilation qui étaient près des lits) a permis de réduire les consommations d’électricité et de chauffage de manière considérable, avec une économie évaluée entre 2013 et 2022 respectivement de plus de 1,4 millions d’euros et 1,7 millions d’euros.

Une étude des consommations

© Aurore Baron

Pour en arriver-là, les équipes techniques, qui avaient d’abord repéré des pics de consommation d’électricité en période chaude (de juin à septembre), ont mené une étude de faisabilité d’une production solaire dès 2019. Et à l’époque déjà, où les tarifs étaient bien inférieurs aux actuels, « nous avions un ensemble de conditions favorables à l’hôpital d’Evreux », explique Matthieu Bachelet.

Le CH disposait d’une parcelle mitoyenne importante (plus de 30 000 m²), non constructible, bien exposée plein sud, un peu surélevée par rapport aux bâtis ce qui ne génère pas d’ombre sur elle, proche du local « énergie » des lieux laissant présager un raccordement facile… Cerise sur le gâteau, la centrale « est compatible avec l’éco pâturage de cet espace vert entretenu par des moutons », précise Matthieu Bachelet pour qui tous les signes étaient au vert.

Un système de concession

Restait à convaincre la direction à un moment où le photovoltaïque n’était pas très médiatisé. En résumé, elle impose que la solution ne soit pas payante quand elle ne fonctionne pas, que l’investissement soit porté par d’autres, et que le coût au mégawatt/heure soit performant. « Ainsi avec la cellule des marchés, nous avons été amenés à construire un marché sous forme de concession en mettant à disposition la surface foncière », détaille Matthieu Bachelet.

Le document final sollicite en outre l’engagement de la part de l’hôpital à consommer toute l’électricité produite dans la centrale au sol. Et ce, en rémunérant le concessionnaire, Idex, qui s’est engagé à produire 1860 mégawatts/heure, sous forme de loyer « entièrement proportionnel à la production consommée via une clause d’intéressement », détaille Mattieu Bachelet. Ainsi un mégawatt/heure non fourni sera déduit du loyer. Au contraire, la puissance supplémentaire procurée sera facturée à l’hôpital. Et la solution est sans risque de surconsommation : « La puissance maximale de la centrale ne gomme pas les besoins d’été en journée » indique Matthieu Bachelet.

D’importantes économies en vue

Le projet finalement accepté par la direction devait permettre une économie de quelque 80 000 €. Compte tenu de la flambée des prix de l’énergie, elle devrait finalement être de « 400 000 €/an » au regard des tarifs de janvier 2023, selon les calculs de Matthieu Bachelet. Autre atout, la création de cette centrale n’a nécessité aucune réorganisation pour l’hôpital.

« C’est transparent pour le fonctionnement, » résume l’ingénieur travaux. « La seule chose contraignante concerne le secours électrique. En cas de perte du réseau EDF, on passerait en mode ‘survie’ avec nos groupes électrogènes et la centrale serait découplée automatiquement ». Dans ces circonstances, la priorité ne serait plus la transition énergétique mais bien le fonctionnement de l’hôpital, de ses respirateurs, etc.

Bien-être et recharge des véhicules

© Aurore Baron

La proposition d’Idex intégrait une variante au projet de centrale avec l’ajout d’ombrières photovoltaïques, dont le modèle économique est différent de celle de la centrale au sol. L’électricité produite par ces panneaux de 2400 m² sera intégralement revendue par le concessionnaire au réseau Enedis pour financer l’installation.

Cette énergie ne revient donc pas à l’hôpital. « Ces ombrières apportent un service au personnel, un abri, qui nous paraissait au début peut-être gadget, mais qui est en fait apprécié, et dix points de recharge pour les véhicules du personnel, sous la forme de bornes payantes via une application sur smartphone », remarque Matthieu Bachelet. Les ombrières doivent être raccordées en juillet 2023, la centrale au sol un an après.

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