L’EHPAD du futur à Brest

Le CHRU de Brest a présenté à Santexpo son futur EHPAD pour 400 « habitants ». Avec des appartements regroupés par maisonnées. Et des fonctions logistiques et de soins quasiment cachées. L’établissement risque de devenir une référence du fait de sa taille et en raison de la philosophie qui a présidé à sa conception.

© Ameller-Dubois

Bientôt, ceux qui auront à construire ou à reconstruire un établissement destiné à accueillir les personnes âgées devront faire le voyage de Brest. C’est la conviction de Laurence Sou, architecte du cabinet Ameller-Dubois qui a remporté le concours de l’EHPAD « du futur » du CHRU de Brest. Fin du chantier en 2030.

Le cabinet d’architectes et le CHRU de Brest ont dévoilé ensemble leur projet à Santexpo. Il se distingue par sa taille puisqu’il accueillera les 404 personnes âgées de l’EHPAD actuel dans un plus grand espace agrandi à 45 000 m2 et pour un budget fixé à 80 millions d’euros.

Nouvelle philosophie

Le permis de construire est espéré pour la fin de l’année. L’appel d’offres des marchés de travaux sera lancé début 2025. Les premiers déménagements sont prévus en 2028, la fin du chantier pour 2030.Le projet se distingue aussi par sa conception. Elle correspond à une nouvelle génération d’EHPAD.

Celle d’après le confinement qui a séparé familles et résidents. Celle d’après le scandale d’Orpéa révélé par le livre « Les Fossoyeurs ». Celle aussi des « boomers » vieillissants qui déclarent, dans toutes les enquêtes, préférer mourir chez eux. « La philosophie est celle de l’accompagnement des personnes », souligne Béatrice Sorrieul, cadre supérieur de santé.

Fonctions de soins et logistique cachées

© Ameller-Dubois

Le nouveau lieu sera davantage à habiter qu’à s’y faire soigner : une « maison médicale » existera bien sur le site mais il n’y aura plus du tout d’espaces d’animations, plus du tout de chariots, essentiellement des petits appartements avec terrasses logés dans une quantité impressionnante de « maisonnées » pour 7 habitants chacune. Finalement, l’établissement de santé ressemblera à un « nouveau quartier d’habitants » donnant sur le village existant (Bohars).

Les fonctions de logistique et de soin, spécifiques à un établissement de santé, seront quasiment cachées. « Sur le modèle des parcs d’attractions où elles ne se voient pas », précise Laurence Sou, l’architecte. La distribution du linge et des repas s’effectuera par un petit train qui fera le tour du quartier, les habitants se chargeant eux-mêmes du transfert à l’intérieur des « maisons ».

Refonte du travail des professionnels de santé

Béatrice Sorrieul

« Un EHPAD classique demande 60 m2 par habitant, là, ce sera 53 m2. Les appartements font 25m2 pour une personne mais nous avons beaucoup réduit les espaces de circulation », résume Béatrice Sorrieul.

Une performance technique qui incluait la refonte complète du travail des professionnels de santé – en même nombre, 250- collant aux « nouveaux » besoins des résidents. Exemple : le service du petit-déjeuner disparaît. Les résidents les prennent eux-mêmes, dans la mesure du possible. On ne les réveille plus pour cela.

Mais le plus important était que la conception des bâtiments corresponde à la « nouvelle » vie des résidents. Le CHRU a bâti un programme sophistiqué pour le concours d’architectes, à l’aide, notamment, d’un assistant à maîtrise d’usage chargé spécialisé dans l’adaptation aux des pathologies liées à l’âge.

En « simulateur de vieillissement »

Il est allé encore plus loin en organisant une journée d’« immersion » dans les conditions de vie d’une personne de 85 ans, à l’intention des trois dernières équipes retenues au concours d’architectes.

Surdité, poids, raideurs articulaires, DMLA, fauteuil roulant, déambulateur, cannes : 18 personnes ont été projetées sur le modèle d’un simulateur en vieillissement dans les désagréments et les pathologies possibles à l’âge de 85 ans. Et priées d’effectuer un parcours dans les étages et à l’extérieur de l’EHPAD actuel.

« Installée dans un fauteuil roulant, je n’ai pas pu passer le ressaut d’entrée de 2 cm de haut, tout à fait réglementaire, tout comme la pente douce qui m’a effrayée à la sortie et je n’ai pas pu monter en revenant », raconte Laurence Sou.

Normes de construction mono-pathologiques

Les boîtes à digicodes dans le soleil, les boutons trop haut dans les ascenseurs, la signalétique trop élevée dans les couloirs, les lettres trop petites, les portes à contourner en fauteuil, tous ont été sensibilisés à ces détails au-delà des normes avant de finaliser leurs propositions.

« Les normes de construction sont mono-pathologiques. Elles ne combinent pas les handicaps », fait remarquer Erwan Le Lann, en charge du projet à la direction travaux de l’hôpital brestois. Le CHRU installe bon nombre d’innovations dans son EHPAD « du futur », comme l’identification d’un fauteuil roulant en position d’attente avant de déclencher l’ouverture d’une porte. Les architectes ont touché du doigt aussi les bonnes conditions de leur mise en œuvre grâce à cet exercice d’« immersion ».

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