Le GHICL cherche encore à diminuer son impact carbone

Déjà à son deuxième bilan carbone sur les trois scopes, le Groupement des hôpitaux de l’Institut catholique de Lille (GHICL) mesure concrètement ses progrès en matière d’émissions de gaz à effet de serre. Entre 2021 et 2022, le GHICL est passé de 91 kg de CO2 émis par patient à 82. Les progrès obtenus ouvrent la voie à de nouvelles améliorations, notamment en matière d’éco-soins et de médicaments. Avec l’ambition de descendre à 72 kg d’ici 2030.

Perdre 10 kilos n’est pas toujours facile. C’est l’objectif que le Groupement des hôpitaux de l’Institut catholique de Lille (CHICL) s’est fixé entre 2022 et 2030 : passer de 82 kg de CO2 émis par patient suivi à 72. Pour cibler ce résultat, il a d’abord fallu mettre en place un outil de mesure des émissions et de suivi, une mission prise en charge par Pierre-Emmanuel Lesoin, directeur adjoint des services techniques (à ce titre en charge des travaux et de l’immobilier) et responsable de la transition écologique du GHICL qui compte deux hôpitaux et une clinique.

Bilan sur 3 scopes et 3 établissements

Il s’est attelé à procéder à un bilan carbone sur les trois établissements et sur les trois scopes. Une première fois sur les données 2021, puis l’année suivante. « En interne, avec une trame de recueil des travaux, j’ai interrogé tous les collègues détenteurs de données en lien avec les émissions de GES : les comptables, la logistique, le pharmacien, les services généraux… », détaille celui qui, avant d’intégrer La Catho, dirigeait un bureau d’études en constructions et aménagements durables et qui avait été formé à l’analyse du bilan carbone dès 2006 !

Un profil inédit dans un établissement hospitalier. Mais pourquoi avoir créé une méthode maison plutôt que de faire appel à un consultant spécialiste ? « L’intérêt, c’est que je sais exactement ce que contient l’outil et connait les pourcentages d’incertitude de chaque donnée », répond l’ingénieur. Depuis, un tableur concatène les chiffres des émissions de GES.

Difficile pour les médicaments

Pierre-Emmanuel Lesoin

Reste que pour les médicaments, principaux pourvoyeurs de GES, il est difficile, voire impossible d’obtenir des informations précises sur leur impact carbone. « J’ai pu avoir accès à l’analyse de cycle de vie de 60 médicaments, réalisée par Climate Mundi sur commande de l’AP-HP, en signant une clause de confidentialité pour ne pas la divulguer », confie Pierre-Emmanuel Lesoin. Une aide précieuse pour affiner les priorités environnementales. Ainsi la mesure a pu être réalisée en tenant compte des facteurs d’émission en analyse de vie sur ces produits.

Pour le reste, c’est le facteur d’émissions monétaires, c’est-à-dire en fonction du montant dépensé par le GHICL pour le médicament, qui, faute de mieux, a été utilisé. « Le facteur d’émissions monétaires me semble juste pour une utilisation sur de grandes masses mais à utiliser avec des pincettes pour une molécule en particulier », souligne l’ingénieur, membre d’un comité de pilotage « Transition écologique » avec des médecins engagés qui ainsi ont accès à des données chiffrées sur les enjeux environnementaux.

Cela dit, l’empreinte carbone des médicaments a augmenté entre les deux études. Tous les autres segments (sauf les déchets même s’ils pèsent moins de 1 % du total) ont été plus vertueux. Résultat, le GHICL est passé de 91 kg de CO2 émis par patient à 82 entre 2021 et 2022.

Diminuer les solutés

© Epictura

Les progrès entre les deux bilans ouvrent la voie pour de nouvelles améliorations. Par exemple, la consommation des gaz anesthésiants a évolué dans le bon sens grâce à un travail conjoint entre anesthésistes et pharmaciens. « Ils tentent de rapporter à zéro les achats de Desflurane en les remplaçant par du Sevoflurane. Le protoxyde d’azote n’est quasiment plus utilisé qu’en pédiatrie… », observe l’ingénieur.

De même, les achats de solutés ont commencé à diminuer. « D’une manière générale, l’administration per os est moins préjudiciable d’un point de vue environnemental que par intra veineuse. On a fait l’exercice de comparaison du comprimé de paracétamol à avaler versus la poche de glucose, parfois d’un litre, plus le Perfalgan, plus la seringue, plus la tubulure… : il n’y a pas photo. Favoriser la voie orale chaque fois que possible est une piste de progrès, et c’est un beau challenge car pratiques de prise en charge par injection sont assez ancrées chez les pharmaciens et les soignants, » ajoute Pierre-Emmanuel Lesoin, qui s’apprête à suivre, comme nouvel indicateur, la quantité de soluté par patient pris en charge.

Test de robots de dispensation

Une autre piste consiste en la réduction des médicaments non utilisés (MNU). « Cela passe peut-être par une logistique et une dispensation plus affinées. Avec le responsable des services généraux, nous testons des robots de dispensation qui délivrent en fonction de la date de péremption » précise Pierre-Emmanuel Lesoin.

« L’étape suivante consisterait à parvenir à la dispensation nominative, à la pilule et non au blister. Certes ce processus utiliserait de nouveaux blisters mais l’analyse du cycle de vie des médicaments montre que le poids carbone de ces derniers est essentiellement dû à l’énergie à l’étape de leur fabrication, donc très lié au mix énergétique du pays de production ». Autrement dit, toutes proportions gardées, le blister ajouté pèse peu.

La décarbonation passe aussi par la déprescription, que les médecins peuvent mettre en place au fil du temps. D’où la communication de Pierre-Emmanuel Lesoin, qui reste à sa place d’ingénieur sans empiéter sur celui des médecins, en suggérant une méthode résumée dans un document aux allures de test ophtalmo, sur quatre lignes avec des lettres de plus en plus petites, pour indiquer l’ordre des priorités : « éviter, réduire, réemployer-recycler, compenser. »

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