Déchets hygiéniques : un besoin pressant de solutions

Jusqu’à 30 kilos de couches pour les unes, 800 kilos de produits d’incontinence pour les autres… Crèches et EHPAD partagent une même problématique quotidienne : la gestion de leurs déchets de protection, impérative pour préserver leurs finances comme l’environnement. Du compostage à l’écodigestion, plusieurs propositions existent, avec leurs atouts et leurs limites, afin de mieux maîtriser ce flux. Volet 1 de notre enquête : composter ou compacter.

© Epictura

En France, 3,5 milliards de couches sont jetées chaque année composant pour 80 % des déchets des crèches tandis qu’à l’autre extrémité de la vie, l’incontinence d’un résident sur deux génère une somme de protections pesant aussi jusqu’aux trois quarts des résidus des Ehpad… Autant de produits tous incinérés ou, pire, enfouis, sachant que la décomposition d’un seul d’entre eux prend 400 à 450 ans !

Au regard du coût de leur collecte jusqu’à l’empreinte carbone de leur enlèvement en passant bien évidemment par leur impact environnemental, ces déchets appellent donc de toute urgence de nouveaux débouchés. Pour réduire leurs volumes mais aussi en optimiser la valorisation. Les textiles sanitaires à usage unique étant depuis janvier encadrée par une REP (Responsabilité Élargie du Producteur – loi AGEC), le moment d’innover pourrait être enfin venu. Car les habitudes aussi, ça se change.

Le compostage en cours d’ajustage…

compost de couches© Les Couches Fertiles

Pantin, Bordeaux, Poitiers… Largement utilisé pour les déchets alimentaires, le compostage des couches bébé est, depuis quelques années déjà, testé par de nombreuses crèches sur le territoire, en partenariat avec des organisations locales qui collectent lesdits déchets et les broient avant de les composter mêlés à des déchets alimentaires et du broyat de bois. Contre un service tarifé de 250 à 400 euros mensuels en fonction des volumes, les résultats sont bien là.

« De 40 à 60 % de déchet non recyclables en moins », assure Maïwenn Mollet, directrice des Couches Fertiles, projet porté par l’entreprise solidaire d’utilité sociale Les Alchimistes, pionnière en la matière. Mais si la solution est ainsi pleine de promesses, reste que certains points demeurent à travailler. D’abord les couches elles-mêmes, que le process exige certifiées compostables, donc plus onéreuses que les modèles classiques, avec encore peu de fournisseurs et de modèles sur le marché, notamment pour les nouveau-nés. Ces articles s’avèrent par ailleurs toujours en phase d’amélioration.

Des compacteurs contre l’encombrement

Plus ennuyeux sur le plan environnemental : contrairement à l’Italie où un décret permet depuis 2019 la valorisation de la partie « organique » des couches bébés, la vente d’un compost réalisé à partir de produits humains n’est toujours pas, à date, autorisée en France. Aussi, même si le sujet est en cours de réflexion sur la base de la norme NFU 44095 relative aux matières d’intérêt agronomique issues du traitement des eaux pour un épandage en grandes cultures, la question de la valorisation finale du compost reste soulevée tant que cette normalisation n’a pas été obtenue. Enfin, et compte tenu des résidus médicamenteux qu’elles supposent, les protections pour adultes restent, par précaution, exclues de l’ensemble de ce process.

@Fondation du Parmelan

« Certes, l’angle financier a son importance. Mais avec des volumes qui participent pour près de 80 % à celui de nos DAOM, la question des déchets de protection se pose aussi sous celui de l’encombrement… » Déjà accompagné par l’Ademe pour l’installation de deux compacteurs carton et métal, le directeur de l’Ehpad de la Fondation du Parmelan (185 résidents), Stéphane Richard, se tourne donc vers le même système pour résoudre son problème. « Ce procédé de compression et de scellage promet effectivement une division des volumes par deux à trois qui va parallèlement inerter les émanations bactériennes et en rendre le stockage possible, sans climatisation », confirme Didier Goubet, président de SDG Médical, parmi les rares entreprises commercialisant le principe. Lingettes, masques, alèses et papiers souillés peuvent aussi y être introduits.

Mais une valorisation toujours en question

collecteur de compacteur ©SDG Medical

Alimenté à partir de sacs sous vide spéciaux montés sur des collecteurs mobiles anti-odeurs fournis par l’entreprise, le compacteur, de la dimension d’une demi-benne, fonctionne par cycle de 2 à 3 minutes plusieurs fois par jour. Coût de l’installation : 275 euros/mois en crédit-bail, auxquels s’ajoutent les sacs spéciaux (1 euro le sac environ), à considérer au regard du poids économique de ces déchets et de la durée de vie de la machine, annoncée supérieure à 15 ans. Et le résultat est bien là : « sans augmentation notable de la consommation électrique, il nous a permis de supporter une contraction du nombre de collectes hebdomadaire décidée par le Grand Annecy, sans facturation supplémentaire ni nous retrouver envahis de chariots malodorants. »

Des points assurément positifs, toutefois contrariés, là encore, par certaines considérations écologiques selon le cofondateur du cabinet conseil Take a waste, Alexis Lemeillet, pour lequel « la présence obligée de sacs plastique mitige le bénéfice de l’opération, d’autant qu’aucune valorisation des « packs » sortants n’est envisagée à l’heure actuelle. » Ce qui, il est vrai, participe encore à l’ajout d’une couche aux déjà nombreuses préoccupations environnementales.

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