CH d’Arcachon : pas d’énergie passive sans participation active

Biosourcé, bioclimatique et « bio » à regarder… Le projet du nouvel Institut de formation en soins infirmiers (IFSI) du CH d’Arcachon a tout pour plaire. Et c’est d’ailleurs le cas : le projet présenté le 29 mai aux Journées d’études et de formation des ingénieurs hospitaliers de Tours est déjà le « Coup de cœur » des Trophées Qualité de Vie et des Conditions de Travail & Architecture en Santé remis à SantExpo par la Mutuelle nationale des hospitaliers avec l’Union des architectes francophones pour la santé.

© CH Arcachon

Au CH d’Arcachon, l’engagement environnemental n’est pas un vain mot, comme en témoigne l’appétence écologique dans laquelle a été conçu ce pôle santé qui regroupe le CH Jean Hameau et la clinique d’Arcachon depuis 2013 : bâtiments à très haute qualité environnementale, panneaux solaires photovoltaïques, thermo frigo pompe…

Lorsqu’en 2022, l’ARS Nouvelle Aquitaine souhaite y ouvrir un nouvel Institut de Formation en Soins Infirmiers (IFSI), pas question donc de déroger à la règle : « Intégré dans son environnement naturel, le bâtiment devra limiter les impacts carbone tout au long de son cycle de vie, voire approcher un fonctionnement à énergie positive », pose Yves Guillou, ingénieur responsable des services techniques, biomédicaux et service incendie du site.

Pas de m2 superflus

© CH Arcachon

L’exigence égrène ses conséquences…« À commencer par un bâtiment économe en espace pour limiter ses impacts à la construction comme à l’exploitation », détaille l’ingénieur hospitalier. Avec la participation des formateurs appelés à y exercer, une « juste construction » prend donc forme, conçue sur un simple repositionnement de l’IFSI qui permet la mutualisation de ses espaces communs avec ceux du secteur de formation des aides-soignants déjà existant.

Dédié à l’accueil quotidien d’une centaine d’étudiants (30 par promotion sur 3 ans), le projet s’élèvera ainsi sur 1000 m2 en R+1, dont – mieux encore – les espaces, par dissociation des réseaux, sont pensés pour permettre d’autres usages à venir, au cours d’une deuxième voire troisième vie.

Un projet en bois-terre-paille

© CH Arcachon

Bien évidemment, le credo interpelle aussi le gros œuvre que le CH d’Arcachon ne veut reposer que sur des matériaux biosourcés. À l’initiative de l’architecte retenu sur la base de ce prérequis, Thomas Hus, un appel d’offres est lancé en 2023 pour un projet associant des murs à ossatures bois (MOB) remplis de paille et des cloisonnements intérieurs en briques de terre crue. Ces dernières limitent en effet leur indice d’énergie grise à 110 kWh/m3, d’autant qu’elles sont extraites à 20 kilomètres du site.

Par inertie d’absorption, elles permettent de plus de réguler l’hygrométrie des espaces et la température des espaces. « Quant à la paille, 600 fois moins impactante qu’un isolant synthétique de type polystyrène, elle offre un déphasage thermique de 14 heures (contre seulement 6 pour la laine de verre) qui supplée à la climatisation en période estivale », assure Yves Guillou.

Un bioclimatique qui implique

© CH Arcachon

En effet, troisième volet de l’ambition de frugalité arcachonnaise, l’objectif sert également un fonctionnement le plus passif possible. Nourrissant l’APD, une simulation thermique dynamique va ainsi déterminer le compromis optimal entre systèmes constructifs et isolants par une modélisation projetée sur les météos de 2020 et de 2050.

Résultat : « par sa volumétrie, son orientation protégée, ses vitrages clairs non traités positionnés en fonction de l’éclairement naturel et la qualité de ses parois, le futur bâti sera non seulement respectueux de l’environnement mais carrément bioclimatique, promettant un confort, été comme hiver, sans recours aux systèmes polluants habituels », se félicite le professionnel… Un fonctionnement exemplaire dont les utilisateurs finaux se verront toutefois l’indispensable clé, ici en laissant certaines portes ouvertes pour réaliser une ventilation naturelle nocturne ou là, en adaptant leur activité aux horaires et apports solaires.

Un chantier de 2,5 millions d’euros

© CH Arcachon

Certes, le chemin de la sobriété n’a pas toujours été aisé … Le repositionnement du bâtiment aux abords d’un bassin de rétention a contraint à l’élever sur pilotis, le recours à la paille a imposé de « rassurer » les bureaux de contrôle et instructeurs du SDIS et le manque d’artisans disposant d’un savoir-faire en bois et paille a obligé à travailler en macro-lots pour ne pas restreindre davantage la concurrence (seulement 2 réponses à l’appel d’offres).

Sans parler des coûts majorés : « 2,5 millions d’euros pour 910 m2 de surface utile, compensés toutefois par la réduction des lots techniques, et notamment la suppression du système de climatisation », rapporte Yves Guillou. Cependant, prévu pour une livraison fin 2024, soit 30 mois tout juste après les premières esquisses, le bâtiment pourrait bien faire figure de modèle dans un univers encore trop souvent dominé par les systèmes constructifs conventionnels en réussissant à y faire cohabiter confort et sobriété.

Réagir à cet article

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *